La Ferme Basque de Charlevoix
Publié le 10 août 2009
Éleveurs
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Lors de notre visite dans Charlevoix, nous n’avons pas visité que le Centre de l’Émeu de Charlevoix. Nous sommes également arrêtés chez un de ses proches voisins, la Ferme Basque de Charlevoix.
Nous arrivons d’abord dans la boutique de la ferme, où une ambiance familiale règne : la fillette des propriétaires et un employé de la ferme s’affairent à faire goûter leurs produits à une poignée de touristes. On nous indique que si nous voulons faire la visite de la ferme, il faudra attendre la fin de la dégustation, à laquelle nous pouvons prendre part. Je n’ai aucun problème à ce qu’on me fasse patienter en goûtant des produits faits maison à base de canards !
Les touristes partent finalement avec quelques sacs de provisions, et nous, nous entamons la visite guidée de la ferme. Un homme charmant prend tout son temps pour nous expliquer en détails les méthodes traditionnelles utilisées à la ferme pour élever et gaver le canard. Et quand je dis qu’il prend tout son temps, c’est qu’une question me monte aux lèvres à toutes les 30 secondes !
Alors je vais tenter de tout me rappeler et de vous relater notre visite guidée de la ferme. J’espère que la méthode de travail des artisans de la Ferme Basque vous prouvera que, fait avec respect et précautions, le gavage n’est pas une torture pour les animaux.

Tout juste arrivés à la ferme, les petits cannetons bénéficient d’une période d’adaptation, où, serrés les uns contre les autres dans une pièce chauffée, ils peuvent s’acclimater à leur nouvel environnement.

Les cannetons déménagent ensuite dans une autre partie de la ferme, où on ne chauffe plus. On les dégriffe et les débécque pour ne pas qu’ils se fassent mal entre eux. Nous avons appris qu’une fois que les canards commencent à se picosser, ils ne peuvent plus s’arrêter : les plus faibles mourraient alors des blessures infligées par leurs congénères. Et attention : débécquer un canard, ça ne veut pas dire enlever le bec ! Il s’agit simplement de couper une petite partie de l’avant du bec qui est plus coupante.
Moi, septique : « Est-ce que ça leur fait mal? »
Notre hôte : « Ça fait aussi mal que se tailler les ongles. »

Rapidement, les canards gagneront l’extérieur, où ils pourront circuler à leur guise dans un mélange de boue et d’herbe. Vous connaissez l’expression « Il fait un temps de canard » ? Eh bien figurez-vous que les canards adorent le mauvais temps, puisqu’ils raffolent de la boue ! Ils peuvent s’y rouler et même en manger. On peut dire que cet été, ils sont servis ! C’est à l’extérieur que les canards passeront le plus clair de temps. Ils seront alors en période de pré-gavage. Cela consiste à leur servir de la nourriture deux fois par jour, pour un cours laps de temps. Ils « s’auto-gavent » alors, puisqu’ils ingèrent rapidement une bonne quantité de nourriture.

Les canards sont physiquement conçus pour être gavés et, chose que j’ignorais jusqu’à tout récemment, c’est un phénomène naturel. Les canards libres dans la nature se gavent eux-mêmes avant d’entreprendre la migration. C’est un moyen pour eux de faire des réserves de graisses avant de se lancer dans une aventure où la nourriture n’est pas garantie. Ils absorbent alors une grande quantité de nourriture en peu de temps en remplissant leur jabot, une espèce de poche située un peu en avant de leur poitrine. Le gavage à proprement parler est donc naturel et indolore.

Suite à leur pré-gavage à l’extérieur, on commencera la vraie période de gavage des canards. On les relocalisera à l’intérieur de la ferme, où les canards partageront des parcs communs, contrairement à des fermes plus industrielles où les canards sont physiquement séparés dans des petites cages. Il est évidemment plus compliqué pour les éleveurs de fonctionner ainsi, mais le bien être des animaux passent avant tout. Les canards peuvent déployer leurs ailes et bouger à leur guise.
Chaque oiseau sera gavé deux fois par jour avec du maïs récolté sur place. Du maïs, et rien d’autre. Pas de médicament, pas d’hormones de croissance.
Le gavage est fait avec lenteur et respect. En effet, les oiseaux suivront cette diète pour 14 jours, contrairement aux compétiteurs plus industriels qui ne prennent que 7 jours pour arriver au même résultat. À la Ferme Basque, on tâte le jabot de chaque canard avant de le gaver pour vérifier s’il a bien digéré la dose précédente. On suit donc le rythme de chaque animal. Si un canard a une quelconque difficulté physique, on le place dans un parc séparé des autres, pour éviter qu’il ne s’affaiblisse davantage, et on réduit la dose de nourriture.
Moi, encore septique : « Et le gavage, est-ce que ça leur fait mal? »
Notre hôte, avec un sourire en coin, m’explique patiemment : « C’est moi qui gave les canards. Je coince le canard entre mes jambes pour éviter qu’il ne bouge. Je lui écarte ensuite la langue pour ne pas lui faire mal, puis je lui insère un tube dans l’œsophage. »
Il me montre alors le dit tube, qui n’est pas si long, pas si gros, et qui a un embout arrondi pour éviter de blesser l’oiseau.
Il continue : « Le gavage comme tel prend 5 secondes. Le canard ne sent rien d’autre qu’un morceau de métal dans sa bouche. Il n’y a aucune irritation de l’œsophage. »
On m’apprend ensuite honnêtement que la seule chose dont les canards souffrent, c’est d’obésité. À la fin de la période de gavage, avant d’aller à l’abattoir, les oiseaux ont chaud et on de la difficulté à se déplacer. Un peu comme un homme de 300 livres. C’est donc inconfortable, mais ça ne fait pas mal à proprement parler. L’homme m’assure qu’il les traite alors avec la plus grande des précautions : les oiseaux sont tenus dans la noirceur pour éviter tout stress et sont quotidiennement arrosés pour qu’ils ne souffrent pas trop de la chaleur.
Finalement, on est loin de l’image d’une matrone qui pilonne agressivement d’un bâton de bois la gorge des oiseaux pour y enfoncer tant bien que mal la nourriture. La Ferme Basque élève et gave les canards avec précautions et patience. La quantité de viande et de foie gras n’est pas la seule finalité de l’entreprise. On traite les animaux avec diligence en respectant leurs traits naturels.
À la fin de la visite, je suis enthousiaste et rassurée : j’adore le foie gras et le magret de canard, mais je n’aurais pas pu continuer à en manger si j’avais vu un mauvais traitement infligé aux animaux. J’ai pour principe que les animaux nous nourrissent et il va donc de soi de les remercier en les traitant le mieux possible.
Je serais donc d’avis que les groupes pour la protection des animaux jettent davantage leur dévolu sur des fermes où il y a des réels problèmes, comme certaines fermes porcines où les bêtes ne peuvent pas marcher de toute leur vie étant enfermées dans des enclos trop petits, ou alors les fermes où des poulets sont élevés par centaines, dans un environnement où la nuit n’arrive jamais, pour les inciter à manger plus.
Voilà, c’était mon message politique de la semaine.
Et la bouffe dans tout ça?
Je n’ai pas goûté tous les produits de la Ferme Basque : j’étais en vacances, et je ne pouvais pas me permettre de tout acheter. Voici néanmoins mes impressions sur les produits dégustés :
- Rillettes de canard : Probablement les meilleures que j’aie mangées dans ma vie. Savoureuses, grasses, parfaites.
- Pâté de canard au foie gras : Très cochon, et très bon. Il s’agit d’un pâté de canard cuit avec, au centre, un morceau généreux de foie gras. On retrouve donc la saveur du foie gras dans tout le pâté.
- Foie gras de canard cuit au naturel : Déception. Je ne sais pas si nous sommes tombés sur un mauvais contenant, mais ça ne goûtait presque rien. Un vague goût de foie gras tout au plus, et c’était trop cuit. Bref, à ne pas racheter.
Prochains achats : le foie gras cru, pour enfin y goûter, et le magret de canard ! À suivre…
La Ferme Basque de Charlevoix
813, rue Saint-Édouard
Saint-Urbain (Québec)
G0A 4K0
Téléphone : (418) 639-2246 begin_of_the_skype_highlighting (418) 639-2246 end_of_the_skype_highlighting
Télécopieur : (418) 639-2144
www.lafermebasque.ca






août 10th, 2009 on 7:33
Je suis contente de visiter cette ferme virtuellement, je demeure pas loin de St-Urbain et je n’étais jamais allée:) lol!
août 10th, 2009 on 9:32
Je suis contente de vous faire découvrir vos voisins ! :P
Sans blague, quand vous aurez une minute, la ferme vaut une petite visite en personne! Surtout parce que, sur mon site, vous ne pouvez pas vous procurer leurs produits virtuellement! :)
août 11th, 2009 on 12:56
Merci pour ce billet très instructif!
J’adore le foie gras, et j’ai toujours un petit remord sur la conscience quand j’en mange… Maintenant je sais que je peux m’accorder ce plaisir sans culpabilité, en choisissant les bons endroits!
juillet 12th, 2010 on 7:55
Je séjourne fréquemment dans Charlevoix et j’en profite pour m’approvisionner à la Ferme Basque. Je suggère le foie gras entier sous-vide (vaut mieux le réserver). Il est cru : on peut le préparer selon ses goûts par le suite. Pour ma part je le préfère en escalopes poêlées. C’est en outre facile à faire.
Je recommande aussi leur boudin basque : contrairement au boudin offert un peu partout, celui-ci contient des morceaux de viande en plus du sang. Pour vos lecteurs qui passeront à St-Urbain, je suggère un arrêt à Viandes biologiques de Charlevoix, situé sur la même route, avant le village. On y trouve poulet et porc d’élevage bio, dont d’excellents saucissons.